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Maléfique, la plus méchante de toutes
(Saga Disney n°1 - janvier 2019)

A gauche : images de Maléfique dans le storyboard conçu pour La Belle au Bois Dormant.

En-dessous : ces esquisses du personnage montrent qu'à l'origine, Maléfique prenait l'apparence d'un gnome avec des antennes. Seule sa peau verdâtre fut conservée dans la version finale.

Le 29 janvier 2019, La Belle au Bois Dormant fête ses 60 ans. Le seizième Grand Classique des studios d’animation Disney est, comme l’avait ambitionné Walt Disney, un véritable chef-d’oeuvre du septième art. Si son titre fait référence à la princesse du film, dans la lignée de Blanche Neige et les Sept Nains et de Cendrillon, c’est la cruelle Maléfique qui marque les esprits. Son apparence, sa détermination à tuer Aurore et sa transformation en dragon l’ont ancrée comme la plus grande des méchantes Disney. Alors que sa popularité ne se dément pas dans les parcs Disney, son aura a été renforcée par le film live Maléfique, sorti en 2014, où elle est interprétée par l’actrice Angelina Jolie.

Au début de l’année 1950, alors qu’Alice au Pays des Merveilles et Peter Pan sont en cours de production et que Cendrillon s’apprête à être révélé au public, Walt Disney mûrit l’idée d’une nouvelle adaptation d’un conte de fée. Après avoir enchanté les spectateurs avec son premier long-métrage d’animation, Blanche Neige et les Sept Nains (1937), inspiré du conte populaire des Frères Grimm, le père de Mickey choisit d’adapter le conte Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre de Charles Perrault dès le début des années 1940. Mais la grève qui touche ses studios en 1941 suivi de l’entrée des Etats-Unis dans le second conflit mondial contraignent Disney à repousser son projet qui ne se concrétise qu’au début de la décennie suivante : Cendrillon sort sur les écrans américains le 15 février 1950. Le public et la critique saluent ce nouveau chef-d’oeuvre et le « retour de Walt Disney » après la période des années 1940 qui a vu la sortie de projets moins ambitieux, essentiellement des compilations de moyens-métrages.

En réalité, Walt Disney n’attend pas le succès de Cendrillon pour envisager la troisième adaptation d’un conte de fée. Il choisit La Belle au Bois Dormant et en dépose le titre auprès de la Motion Picture Association of America dès le 19 janvier 1950, quelques semaines avant la sortie de Cendrillon. Nourrissant de grandes ambitions pour ce projet, Walt confie le travail préparatoires à certains de ses plus anciens artistes et scénaristes : Bill Peet, Ted Sears et Winston Hibler, qui avaient travaillé sur la plupart des projets précédents, sont chargés de plancher sur l’écriture d’un scénario basé sur le conte de Charles Perrault, avant d’être vite rejoints par d’autres artistes, parmi lesquels Erdman Penner, Joe Rinaldi et Ken Anderson.

Un projet inspiré d'un célèbre conte...

La tâche n’est pas simple pour transformer l’histoire de la princesse endormie en une intrigue adaptée pour le cinéma. La Belle au Bois Dormant est un conte populaire ayant fait l’objet de nombreuses versions mais Disney choisit celle du français Charles Perrault, publiée en 1697 dans le recueil Histoires ou contes du temps passé, également connu sous le titre Les contes de ma mère l’Oye. La version de Perrault, la plus connue de toutes, s’inspire elle-même d’un récit plus ancien, Soleil, Lune et Thalie, de Giambattista Basile publiée en 1634. Les célèbres Frères Jacob et Wilhelm Grimm publièrent leur version du conte en 1812.

L’histoire est celle d’un roi et d’une reine qui, à l’occasion du baptême de leur fille, organisèrent une somptueuse fête dans leur château. Ils convièrent de nombreux amis ainsi que sept fées marraines bienveillantes. Chacune d’elles offrit un don à la princesse (la beauté, l’esprit, ma grâce, la danse, le chant et la musique). Après le don de la sixième fée, une méchante fée qui n’avait pas été invitée, se présenta et lança un charme mortel à la princesse : à l’âge de ses seize ans, elle se piquerait le doigt sur le fuseau d’une quenouille, provoquant sa mort. La septième fée bienveillante qui n’avait pas encore parlé pu atténuer le sort de la sorcière : au lieu de mourir, la princesse, après s’être piquée le doigt, tomberait dans un profond sommeil pour cent ans, au terme desquels un prince viendrait la réveiller. Le roi tenta de protéger sa fille en interdisant tous les fuseaux mais, à l’âge de ses seize ans, la princesse découvrit une vieille fileuse dans un coin reculé du château. Elle se piqua le doigt, s’endormant aussitôt comme tous les autres habitants du royaume. Cent ans plus tard, un prince réveilla la Belle au bois dormant, mettant fin à la terrible malédiction.

L’équipe constituée par Disney pour plancher sur le scénario part du récit de Perrault mais doit envisager des adaptations pour en faire une histoire crédible pour le cinéma. Le travail sur le film commence réellement en 1951, aboutissant à un premier storyboard. Ni l’équipe ni Walt Disney ne sont satisfaits du résultat. La princesse Aurore prenait les traits d’une jeune fille riche pleine d’aigreur tandis que les fées et Maléfique étaient représentées sous la forme de gnomes et de lutins. De plus, certains éléments du conte original empêchaient un développement cohérent de l’action et des personnages.

Cette première ébauche est mise à la corbeille et l’équipe repart à zéro pour concevoir une histoire adaptée aux besoins du film. Les scénaristes trouvaient peu romantique que la Princesse Aurore se réveille par le baiser d’un prince qu’elle n’avait jamais rencontré auparavant. C’est ainsi que la scène de la rencontre entre Aurore et Philippe dans la forêt a été ajoutée au milieu du film. De même, pour ne pas rompre l’intensité de l’intrigue et pour éviter un décalage d’âge trop important entre la belle et son prince, le sommeil d’Aurore a été réduit de cent ans à une nuit. Le seul inconvénient qui n’a pu être changé est l’absence de l’héroïne au point culminant du film : c’est le Prince Philippe qui, pour sauver Aurore, affronte la méchante Maléfique lors d’un duel épique.

Bien que Walt Disney souhaitait mettre en avant la version de Charles Perrault, l’adaptation finale est en réalité plus proche du conte des Frères Grimm. Comme le film, ce dernier s’achève par le réveil de la princesse suite au baiser du prince. Dans le conte de Perrault, ce moment ne se situe qu’à la moitié de l’histoire, qui se poursuit ensuite par un récit beaucoup plus sombre. Le prince et la princesse se marient en secret et ont deux enfants. Le prince cache leur existence à sa mère la reine, une ogresse impitoyable. Monté sur le trône, le prince fait venir son épouse et ses enfants dans son royaume, mais il doit partir à la guerre. L’ogresse exile la princesse et ses enfants dans une maison isolée au fond des bois. Elle ordonne à son cuisinier de lui préparer ses petits-enfants et la princesse à la sauce Robert. Le cuisinier la trompe en remplaçant les enfants par un agneau et une chèvre, et la princesse par une biche. Découvrant le subterfuge, l’ogresse dispose une cuve remplie de vipères dans la cour du château. Lorsque son fils rentre de la guerre, elle se jette dans la cuve qu’elle destinait à ses victimes, trouvant une horrible fin. Le prince, la princesse et leurs enfants vivent alors une vie heureuse jusqu’à la fin de leurs jours.

De cette seconde partie sombre du conte de Perrault, les studios Disney n’ont conservé que quelques idées : la maison au fond des bois a inspiré celle utilisée par les trois Fées pour cacher Aurore jusqu’à ses seize ans et la personnalité machiavélique de l’ogresse a sans doute donné des idées pour la conception de Maléfique.

Au-delà de ces choix d’adaptation et de suppression d’une partie du récit original de Perrault, l’équipe de scénaristes doit aussi avoir en tête l’intention principale de Walt : celle de concevoir une oeuvre inédite, se démarquant des deux adaptations de conte de fée précédentes. Blanche Neige et les Sept Nains et Cendrillon étaient déjà les histoires de jeunes femmes en péril, jalousées et menacées par leur belle-mère. A sa sortie, Cendrillon avait été critiqué pour trop ressembler à Blanche Neige et les Sept Nains, et Walt Disney ne souhaitait pas renouveler cette erreur.

Eyvind Earle (à droite) discute avec Walt Disney et l'artiste McLaren Stewart lors de la conception de La Belle au Bois Dormant.
A travers leurs films d'animation, Walt Disney et ses studios ont donné vie à des centaines de personnages animés. Inspirés de chefs-d'oeuvre de la littérature ou nés de l'imagination des scénaristes et des animateurs, ils ont marqué de nombreuses générations de spectateurs. Mais parmi eux, une poignée de personnages sont entrés dans l'imaginaire collectif, bien au-delà de leur simple rôle dans les films dans lesquels ils apparaissent. Reconnus dans le monde entier, ils ont été élevés au rang de véritables stars, et leur carrière et leur notoriété n'ont rien à envier aux plus grands acteurs de cinéma. Découvrez les origines et les anecdotes les plus secrètes de ces personnages dans notre série de portraits de ces héros signés Disney.
Les minions
Ces créatures sont les hommes de main de Maléfique. Chargés de retrouver la trace d'Aurore, ils prouvent leur incompétence, croyant devoir trouver un bébé durant seize ans. Maléfique les punit en usant de sa magie.
Walt Disney choisit d'adapter le conte La Belle au Bois Dormant en privilégiant la version de Charles Perrault (médaillon à gauche), publiée en 1697. La version finale du film d'animation est pourtant plus proche de la version des frères Grimm (médaillon à droite) parue en 1812. Eyvind Earle réalisa un énorme travail préparatoire sur les décors du film (au centre).
Maléfique lorsqu'elle disparaît après avoir jeté son sort (esquisse d'Eyvind Earle et image extraite du film).
Diablo
Ce corbeau accompagne Maléfique en toutes circonstances. L'oiseau ne se contente pas de tenir compagnie à la sorcière. Il joue un rôle important en retrouvant la trace de la princesse Aurore, cachée dans une maison dans la forêt. Il est pétrifié par les trois Fées avant le duel final opposant Maléfique au Prince Philippe.
Maléfique demeure dans un château en ruines, au sommet des Montagnes Interdites.
Marc Davis montre un dessin d'Aurore à l'actrice Mary Costa, la voix du personnage.

Comme La Belle et le Clochard (1955), La Belle au Bois Dormant est tourné en CinémaScope, permettant d’offrir aux spectateurs un formant d’image panoramique. Cette technique permet d’offrir davantage de place aux décors du film, mais elle contraint toutefois les artistes à adapter le positionnement des personnages à l’écran, nécessitant un temps de travail supplémentaire.

Une autre nouveauté de La Belle au Bois Dormant est la réintroduction du son en stéréo. Déjà utilisé pour Fantasia (1940), il permet ainsi d’accompagner le format panoramique et de rendre le résultat encore plus spectaculaire lors de la projection du film sur grand écran. Pour cela, il fallait soigner la musique. Walt Disney, qui y était d’abord défavorable, recourt au ballet composé en 1890 par Piotr Illitch Tchaïkovski. Il demande au compositeur George Bruns d’adapter le ballet et d’utiliser ses célèbres mélodies pour créer des chansons. La partition musicale est enregistrée en stéréophonie en 1957, interprétée par le Graunke Symphony Orchestra de Munich.

La Belle au Bois Dormant est entièrement achevé à la fin de l’année 1958 et présenté pour la première fois au public le 29 janvier 1959. Malgré un public enthousiaste, le film est peu salué par la critique, dénonçant son coût exorbitant (plus de 6 millions de dollars) pour un résultat décevant. La Belle au Bois Dormant ne reçoit qu’une nomination pour l’Oscar de la meilleure musique, sans être récompensé. Il faut attendre la ressortie du film au cinéma en 1970, 1979 et 1986 pour que le film devienne rentable et qu’il acquiert ses lettres de noblesse, reconnu à sa juste valeur, celle d’un chef-d’oeuvre de l’animation.

L’une des grandes réussites du film est assurément l’apparition de Maléfique. La sorcière est le personnage le plus marquant du casting, et demeure aujourd’hui l’un des méchants Disney les plus réussis et les plus populaires.

Une production de longue haleine

Walt Disney choisit Eyvind Earle, un artiste ayant intégré ses studios en 1951 en tant qu’artiste de décors, comme directeur artistique de La Belle au Bois Dormant. Il lui donne carte blanche pour concevoir les décors et le style graphique du film. Avant de se lancer, Earle étudie longuement les peintures françaises, allemandes, flamandes et italiennes antérieures à la Renaissance. Il s’inspire aussi de miniatures persanes et d’estampes japonaises. Reprenant la technique des peintres primitifs dont il s’inspire (Dürer, Van Eyck, Botticelli), il choisit de créer des arrières-plans aussi nets que les personnages au premier-plan, ce qui est totalement novateur par rapport aux films d’animation précédents, donnant une impression de profondeur inédite.

Par son approche totalement révolutionnaire et par la mise en place d’une charte graphique différente de celle utilisée précédemment, Eyvind Earle s’attire l’incompréhension voire le mépris des autres artistes des studios. Walt Disney ignore les récriminations et fait confiance à Eyvind Earle. Entre 1954 et 1958, il conçoit des centaines d’études préliminaires et de décors panoramiques à la gouache qui fixent le style du film qui reflète le Moyen-Âge tel que Walt l’imaginait.

Après cet important travail préparatoire, l’animation peut commencer. Walt Disney confie à Marc Davis, spécialiste des personnages féminins (il avait déjà animé Alice et la Fée Clochette), l’animation de la Princesse Aurore et de Maléfique. Les artistes réutilisent une pratique datant de Blanche Neige et les Sept Nains : les acteurs prêtant leur voix aux personnages sont utilisés pour jouer en live les scènes du film, afin de rendre plus réalistes les personnages humains. L’actrice Helene Stanley joue certaines scènes d’Aurore, comme elle l’avait déjà fait pour Cendrillon, tandis que la voix du personnage, Mary Costa, suit en permanence le travail de Marc Davis sur l’animation du personnage.

Le travail d’animation de La Belle au Bois Dormant prend du temps. Dès le début de la production, les artistes sont confrontés au manque de disponibilité de Walt Disney, déjà bien occupé sur d’autres projets. Dès la fin des années 1940, le père de Mickey se focalise sur ses projets de films live : en 1948, il lance Seal Island (L’Île aux Phoques), premier court-métrage de la série des True-Life Adventures, suivi par d’autres projets ambitieux tels que 20,000 Leagues Under the Sea (20 000 Lieues sous les Mers, 1954), inspiré de l’oeuvre de Jules Verne, et Davy Crockett, King of the Wild Frontier (Davy Crockett, Roi des Trappeurs, 1955), issu d’une série télévisée lancée en 1954. En parallèle, Walt développe des projets pour la télévision et se concentre sur son projet de parc d’attraction : les travaux de construction de Disneyland débutent à Anaheim en août 1954 et le parc ouvre moins d’un an plus tard, en juillet 1955. Un programme destiné à promouvoir le parc est lancé sur la chaîne ABC dès octobre 1954, tandis que la célèbre série The Mickey Mouse Club débute sur la même chaîne le 3 octobre 1955. Tous ces projets accaparent Walt qui ne vient plus systématiquement aux réunions de travail de ses projets de film d’animation. Les artistes travaillant sur La Belle au Bois Dormant doivent avancer malgré cette absence, même si Walt s’implique quand même lorsqu’il le faut pour améliorer les scènes du film et leurs transitions.

Un concentré d’innovations

Tous ces éléments expliquent que près de huit séparent les débuts de réflexion sur le scénario de la sortie de La Belle au Bois Dormant sur les écrans, établissant ainsi un record de durée de production pour un film d’animation Disney. La longueur de la gestation du film s’explique aussi par la volonté de Walt Disney d’utiliser les dernières innovations cinématographiques.

1. Concept art de la maison dans les bois dessiné par Eyvind Earle.
2. La maison dans la version finale du film.
Le scénario de La Belle au Bois Dormant est ainsi rationalisé et la personnalité des personnages travaillée au maximum. La princesse Aurore, tout d’abord, ignore totalement le sort qui lui est réservé par Maléfique. A l’inverse Blanche Neige qui apprend par le Chasseur le sort que lui réserve la Reine et de Cendrillon qui a pleinement conscience d’être exploitée comme une esclave par Madame de Trémaine, Aurore ne sait pas ce qu’elle risque lorsqu’elle atteindra l’âge de seize ans. Les Fées quant à elles, sont réduites au nombre de trois, contre sept dans la version Perrault et douze dans celle des Frères Grimm. Flora, Pâquerette et Pimprenelle forment un trio indispensable pour la cohérence du récit Apparaissant tout au long du film, elles font la transition entre les scènes principales, emmenant Aurore à l’abri dans la forêt, la ramenant au château la veille de ses seize ans ou encore libérant le Prince Philippe emprisonné par Maléfique. Animées par le duo d’animateurs Frank Thomas et Ollie Johnston, qui leur ont donné une personnalité propre, elles sont aussi à l’origine des scènes comiques du film, comme lors de leur tentative de confection d’un gâteau d’anniversaire ou lors de leur bataille sur la couleur de la robe conçue pour Aurore. Si elles usent de leur pouvoir magique dans une logique toujours bienveillante, comme la Marraine-Fée de Cendrillon, leur rôle auprès d’Aurore s’apparente davantage à celle des Sept Nains auprès de Blanche Neige ou des souris auprès de Cendrillon.
Esquisses de la Princesse Aurore et des trois Fées.
L'actrice Eleanor Audley, qui prête sa voix à Maléfique, a joué les scènes de son personnage avant qu'elles ne soient animées, comme ici lors de sa confrontation avec le Prince Philippe.
Dessins préparatoires fixant les décors du films, signés Eyvind Earle.

Maléfique, la clé du casting

Dans cet écrin qu’est La Belle au Bois Dormant, Maléfique est assurément la pièce maîtresse. Certes, Aurore est d’une beauté indéniable, mais l’héroïne souffre d’un manque de personnalité et de son absence lors du moment le plus intense du film. Certes, le Prince Philippe, par son apparence sympathique et son héroïsme lors de la scène finale, séduit davantage que ses prédécesseurs de Blanche Neige et les Sept Nains et de Cendrillon, mais son rôle qui reste secondaire ne peut faire de lui le personnage majeur du film. Le personnage
qui crève l’écran est sans conteste
la méchante Maléfique.

La sorcière n’apparaît que douze minutes à
l’écran, bien moins que le Prince
(14 minutes), qu’Aurore (19 minutes)
et que les Fées (27 minutes). Elle
domine pourtant le film, influant
sur le déroulement de l'intrigue
par ses mauvaises actions.

Maléfique est l’incarnation Disney de la méchante fée du conte de
Charles Perrault. Son rôle est toutefois développé. Dans le conte, la fée
disparaît du récit après avoir jeté son sort. Dans La Belle au Bois
Dormant
, chacune de ses apparitions s’apparente à une scène d’an-
thologie : l’invitation au baptême d’Aurore pour lui jeter un sort, sa
colère sur ses « crétins, idiots, imbéciles » sbires, son apparition au
moment où Aurore se pique le doigt sur le fuseau puis lors de la capture
du Prince Philippe, et enfin son affrontement final avec ce dernier après sa métamor-
phose en un terrifiant dragon.

Le personnage est développé par l’animateur Marc Davis, également
chargé de donner vie à la Princesse Aurore. Son design est inspiré d’un
tableau de la Renaissance qui montrait une femme vêtue d’une coiffe ressemblant à des cornes.
Marc Davis ajoute une grande robe noire aux allures de cape et aux plis mauves (initialement
rouges dans des dessins préparatoires), donnant au personnage une envergure qu’aucun autre
personnage du film ne possède. Évoquant une chauve-souris dans sa forme, Maléfique est conçue
comme un vampire. Sa peau verdâtre rappelle celle des reptiles tandis que ses cornes évoquent le
mal dès sa première apparition.

L’actrice Eleanor Audley est choisie pour incarner la voix de Maléfique. Elle avait déjà doublé Madame de Trémaine,
la terrible marâtre dans Cendrillon (1950), et quelques années plus tard, elle prêtait sa voix à Madame Léota, le
fantôme d’une ancienne médium apparaissant dans une boule de cristal dans l’attraction Haunted Mansion à Disneyland. Comme elle l’avait déjà fait avec la terrible belle-mère de Cendrillon, Eleanor Audley donne de sa
personne en jouant les scènes de son personnage devant les animateurs, afin que ces derniers puissent mieux capter
ses mouvements et les retranscrire en dessin.

Le résultat est saisissant et le travail de Marc Davis a par la suite inspiré bon nombre d’animateurs des studios
Disney. Par sa stature, Maléfique s’impose à l’écran, n’hésitant pas à se moquer d’autrui (elle affuble les
trois Fées du terme peu valorisant de « racaille »).
Elle peut faire preuve d’une colère froide qui terro-
rise ceux qui y sont confrontés (ses hommes de
main en font les frais). Maléfique n’est pas seule-
ment vexée de ne pas avoir été invitée à la fête don-
née à l’occasion du baptême de la Princesse Aurore.
En jetant son terrible sort, elle entend prouver à
tout le royaume que sa magie est plus puissante que
celle, bienveillante, utilisée par Flora, Pâquerette et
Pimprenelle. Ces dernières reconnaissent d’ailleurs
que Maléfique a des pouvoirs qu’elles n’ont pas. En
outre, elle « ignore tout des sentiments, de l’amour,
de la tendresse ».

La prestation la plus mémorable de Maléfique est
sa transformation en dragon, suivie de son duel
face au Prince Philippe. La scène a été supervisée
par Wolfgang Reitherman, tandis que l’animation a
été réalisée par Eric Cleworth. Confrontée au Prince
Philippe, parvenu à s’échapper de son château et à
traverser la forêt de ronces qu’elle a érigé sur son
passage, Maléfique entre dans une fureur jusque là
jamais vue. Avant qu’il n’atteigne le château du Roi
Stéphane où se trouve la Princesse Aurore, Malé-
fique s’interpose et le met en garde, avant d’enta-
mer sa métamorphose. Sa silhouette s’élance dans
le ciel, sa gigantesque cape prend la forme des ailes
d’un terrifiant dragon, tandis que son visage prend
les traits de l’animal.

 

 

Aujourd’hui, la popularité de Maléfique ne se dément pas dans les parcs à thèmes Disney à travers le monde. Elle y apparaît lors de nombreux spectacles et parades. Elle affronte Mickey sous sa forme de dragon dans le célèbre spectacle nocturne Fantasmic! (Disneyland Resort, Walt Disney World et Tokyo Disneyland). Un char la faisant apparaître sous sa forme de dragon défilait lors de la parade nocturne Disney Fantillusion (de 1995 à 2001 à Tokyo Disneyland puis de 2003 à 2012 à Disneyland Paris). Plus récemment, un char-dragon a rencontré un franc succès auprès du public lors du défilé des parades diurnes Festival of Fantasy Parade (depuis 2014 à Walt Disney World) et Disney Stars on Parade (depuis 2017 à Disneyland Paris).

Preuve de sa popularité, Maléfique a fait l’objet d’un film live sorti en 2014. Maléfique raconte les origines et la jeunesse du personnage, ainsi que les raisons pour lesquelles celle qui était une jeune fée au coeur pur a basculé du côté du mal. Ce film live, qui s’inscrit dans l’habitude prise par Disney d’adapter en prises de vues réelles ses plus grands films d’animation, adopte un point de vue original : il se focalise sur la grande méchante de La Belle au Bois Dormant. L’actrice Angelina Jolie incarne magistralement le personnage, lui offrant une facette jusque là méconnue. Le résultat est réussi : le film parvient à surprendre en se focalisant sur le passé de la sorcière et les raisons de sa méchanceté avant qu'elle ne jette le sort désormais célèbre sur la princesse Aurore. Après le succès rencontré par le film (plus de 750 millions de dollars de recettes) le développement d’une suite a été annoncé. L’écriture du script a été confié à Linda Woolverton et la réalisation à Joachim Ronning. Angelina Jolie rempilera pour le rôle-titre de ce film prévu pour 2020.

Soixante ans après sa première apparition dans La Belle au Bois Dormant, Maléfique s’est offert une bonne place dans le panthéon des grands méchants Disney. Particulièrement cruelle et déterminée, elle a réussi l’exploit de se faire apprécier du public, aidée en cela par la prestation d’Angelina Jolie dans l’incarnation live du personnage dans le film de 2014.

Dans une interview donnée en 1986, Eric Cleworth explique s’être inspiré d’un article du magazine Life consacré aux animaux préhistoriques pour donner vie à Maléfique dans sa version dragon. Un des animaux présentés avait des yeux sans pupilles. Cleworth s’en est servi pour le dragon aux yeux verts afin que l’on ne puisse cerner ses expressions, ce qui renforce le caractère effrayant du personnage.

A l’inverse de sa forme humaine dans laquelle Maléfique est principalement immobile, le dragon en impose par sa gestuelle. La puissance de ses flammes et la rapidité de ses mouvements donnent du fil à retordre au Prince, mis en difficulté, avant qu’un coup de pouce des trois Fées lui permette de planter son épée en plein coeur de la bête. Maléfique est définitivement vaincue. Au terme de ce duel qui reste l’une des plus grandes scènes d’animation Disney, seule la cape de Maléfique reste visible, posée sur le sol. Le corps de la méchante s’est évaporé, comme le mal qu’elle représentait. Le Prince Philippe est désormais libre de sauver Aurore en la réveillant par un baiser.

Un personnage passé à la postérité

Maléfique s’est rapidement imposée comme l’une des plus grandes méchantes créées par les studios Disney, pour ne pas dire la plus grande. Sa beauté froide rappelle celle de la cruelle Reine de Blanche Neige et les Sept Nains (1937). Toutes deux sont capables du pire et usent de la métamorphose (en vilaine sorcière ou en dragon) pour parvenir à leur fin, mais Maléfique, avec ses pouvoirs magiques, est un cran au-dessus. Elle est beaucoup plus cruelle que Madame de Tremaine, dont la méchanceté se limite à la volonté d’humilier sa belle-fille pour favoriser ses propres filles, Anastasie et Javotte. Faisant preuve d’un humour noir qu’elle accompagne de rires glaçants, Maléfique n’est pas de cette catégorie de méchantes comiques qui, bien souvent, sont ridiculisées à l’écran, à l’instar de la Reine de Coeur (Alice au Pays des Merveilles, 1951), Madame Mim (Merlin l’Enchanteur, 1963) et Yzma (Kuzco, l’Empereur Mégalo, 2000). Même si elles démontrent leur détermination à nuire ou à tuer, Cruella d’Enfer (Les 101 Dalmatiens, 1961), Madame Médusa (Les Aventures de Bernard et Bianca, 1977) et Ursula (La Petite Sirène, 1989) ne parviennent pas à égaler la performance de Maléfique.

Après sa performance dans La Belle au Bois Dormant, Maléfique a poursuivi sa carrière dans la bande dessinée, à la télévision et au cinéma. Elle est apparue dans plusieurs séries animées et live. Elle figure notamment au casting de la série Once Upon A Time (2011-2018), interprétée par l’actrice Kristin Bauer van Straten, et dans le film live Descendants (2015).

 

 

Maléfique s'apprêtant à être vaincue par le Prince Philippe dans La Belle au Bois Dormant (1), dans le film live Maléfique (2), dans la série Once Upon A Time (3) et dans le film Descendants (4).